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En toute magnitude!

Je rends grâce à la terre, non pas la même, non pas la mienne - mon orageuse, ma lumineuse analphabète - je rends grâce à la terre, non pas mon  île, la fille terrible, ayant appris, avec son accent circonflexe, à jouer à la roulette russe matin et soir. 

Grâce, je rends grâce à l’étrangère, à la vierge, celle tout indigo qui a tourné de l’œil au risque de perdre son cœur dans une fuite d’eau, de larme de compassion subite. Je rends grâce à la terre des hommes et des humanités. Mais, j’abomine… 

J’abomine l’humanitaire. Cet humanitaire, je l’abomine et le débobine. Le déclare crime contre l’humanité !   

Ma bouche est pleine de crachat, de colère sourde et visqueuse. Ma bouche est pleine de baisers automatiques, et de respirations artificielles pour exorciser les poumons pollués du monde. Je vous donne ma parole, cette bouche est une arme silencieuse allant droite et toujours droite au but. C’est une bouche avec des pensées, des silences en série. Taisez-vous les morts. Je vous demande de vous taire par le creux de vos fémurs. Taisez-vous par les trous qui sifflent dans vos têtes improvisées de morts incalculables. Les murs sont tombés. La mort est libre. 

Du tremblement de terre, je n’ai pas tiré de grandes leçons, à part la terre et une certaine idée du tremblement. Je n’ai rien  appris de ma ville, si ce n’est qu’il y a ici bas des villes qui partent, sans état d’âme. Des villes qui partent dans un seul souffle comme un orgasme. 

De la mort, je n’ai pas tiré de grandes leçons. Je suis homme de grande crue et de turbulente turbine. Pour avancer et atteindre au fil du temps la ligne souple de l’horizon, faudrait penser à canaliser la mort. 

Je n’ai rien appris de la vie, si ce n’est qu’il existe d’autres façons de mourir. Les murs sont tombés. 

Filles et garçons qui partagez en vain un air de famille avec le vent. Laissez passer mon sang en tapis rouge sous vos pieds. Emplissez-vous le cœur dès le réveil, buvez tout le soleil avec son jaune d’œuf à l’intérieur. C’est en vain filles et garçons d’ici que vous ayez un air en commun avec le vent. 

Si vous ne maintenez pas le jour sur vos nombrils, garçons et filles, jamais cet air ne vous rendra légers. 

Je n’ai rien appris de la mort. Rien de la terre. Ni de la mer. Ni du vent. Ni des vagues. Ni des chapeaux, d’où qu’ils viennent d’ailleurs. De Panama à d’autres villes de chapeliers, ma tête reste dure comme une obsession puisée d’un  incassable espoir. 

Mon être en bloc aspire à une âme parasismique. Grâce au soleil, à la pluie et au divin bleu des nuages.