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from "The Window of Time"

IV

Tu rêves de villes que le temps
n’aura pas érodées, de forêts
qui dessinent des chemins vastes,

tu rêves, et sur la mer
les mâts des navires
rongent les pierres blanches,
la houle grignote le rivage,

tu rêves, mais l’aube tarde encore
à souffler sur les ruines,
les ombres se fracassent
contre la chair des maisons,
ébranlent la charpente fragile
des fenêtres par lesquelles tu vois
un peu d’espoir, crois-tu,

et comme lentement s’édifie un poème,
à l’intérieur de toi,
tu recueilles un à un ces lieux,
ces visages, tu touches à l’amour,
à tout ce qui peut encore être vrai
et beau, comme une promesse.

La Terre, à peine visible
– l’aurions-nous oubliée –
par le hublot des heures,

sait-elle encore te rappeler
que tu n’es jamais
au-dessus de ce monde
qui avance maintenant
avec ses cassures
irréparables, – jamais tu ne seras
au-delà des vagues qui effacent
les pas humains, la beauté simple
des choses, et tu voudrais,
en cet instant où la Terre se retourne,
entendre souffler un vent oblique,
toucher du bout de ton âme
la peau fragile du temps, voir,
voir enfin s’ouvrir les ombres que l’on porte,
et comme un coeur, et comme un visage,
le monde reposer dans la paume de l’aube.