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Sextine avec anagrammes

Tout au bout du sillon, les mots, ce sont des ancres
arrimant au papier les vers les plus agiles.
Leur choix m’est imposé, chevauchement d’étains
sur un vaisselier blanc que parfait la céruse
ou mieux le kaolin. Mots-rimes, émeris,
hors du sable vaseux où vit la néréis,

rendus obscurs et fous des baisers de vos reines
qui vous flattent le col comme à de vieilles carnes,
votre anagramme vient — cette fois la merise —
au rang déterminé, en bout d’aile des aigles, 
un vers maquillé, mais de parfaite césure :
les soupirs de la fée ou les cris de la sainte.

De celle-ci le grain de peau est satiné,
avant que de sentir, du bûcher, la résine,
de l’autre, le regard est blanc, l’orbite creuse,
et le poème dit la tempête des crânes
qui le plus loin possible éjectent les algies.
Les significations qui s’y verraient mirées

n’auraient pas raison de conclure à leur misère.
La forme a sa raison, j’y tiens et j’y tenais,
et j’y tiendrai, et m’y chauffais, comme y gelais.
Le vers, au bout d’un temps, se déroule serein
par la voix, le papier, les planches, les écrans.
L’hémoglobine sourd des extrêmes curées.

Si la permutation des finales écrues
obligeant à sortir l’idée de sa remise
engendre quelque sorte inédite de nacres
(mot reconnu de la « poésie »), les ténias
moins attendus sont là, aussi. Le vers serine
le sens à son lecteur qui se sent de la glaise,

mobile, ensorcelé, embauché pour les liages,
déductions, coq-à-l’âne ou détours. L’eau sucrée
n’est pas de l’océan où nage la sirène,
et si sel il y a, ces rimes non rimées
en perdront leur saveur trop douce de tisane
et leurs arrière-goûts de petits bonbons rances.

Après que tu cernas le dessin du lisage,
étant hanté j’entais les pensées non reçues
sur nul mot réémis par la voix qui s’insère.